| Palestine

Gaza : vivre avec un traumatisme collectif

Bâtiment détruit à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Photo prise le 26 mai. Palestine, 2024. @MSF
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MSF s'efforce d'anticiper les besoins médicaux

Claudia Blume Attachée de presse MSF Canada

Après une affectation de 14 mois à Jérusalem pour superviser les projets de santé mentale de Médecins Sans Frontières (MSF) à Gaza et en Cisjordanie, il y a une histoire que Dre Audrey McMahon, une pédopsychiatre canadienne, n’oubliera jamais.

Une collègue palestinienne lui a raconté un jour comment, au début de la guerre, elle avait réconforté son fils de cinq ans, effrayé par les bombardements. Elle lui a dit : « Ne t’inquiète pas, ce ne sont que d’énormes oiseaux qui font beaucoup de bruit, mais ils vont bientôt s’arrêter. »

Mais les bombardements n’ont pas cessé. Un jour, alors qu’elle ne parvenait pas à trouver de l’eau et de la nourriture pour ses enfants, elle s’est montrée fatiguée et découragée. Lorsque son fils lui a demandé pourquoi elle pleurait, elle lui a répondu qu’elle était fatiguée des bombardements. Le petit garçon lui a dit de ne pas s’inquiéter. « Ce sont juste de grands oiseaux méchants. Ils vont bientôt s’arrêter », a-t-il dit.

« Certains enfants à Gaza font preuve d’une incroyable résilience », explique Dre McMahon. « Ils sont capables de rester des enfants et de jouer au milieu des ruines, et même de réconforter leurs parents. Beaucoup d’autres, cependant, souffrent de profonds traumatismes liés à ce dont ils ont été témoins depuis octobre. »

UNE ENFANCE BAFOUÉE

« Certains enfants ne parlent plus parce qu’ils n’ont plus les mots pour décrire ce qu’il se passe », dit-elle. « Certains enfants ont vu des atrocités inimaginables. Dans les cliniques de MSF, nous avons eu, au début de la guerre, plusieurs enfants devant être amputés, souvent sans sédation. En plus d’avoir perdu des membres, ces enfants ont aussi perdu des personnes de leur famille ainsi que leur foyer. Ils ont assisté à la destruction de leur quartier. De plus, les enfants de Gaza n’ont pas été à l’école depuis des mois. Leur enfance a été totalement bafouée. »

Selon Dre McMahon, les conséquences psychologiques des enfants de Gaza se feront sentir sur plusieurs générations. « Il s’agit d’un traumatisme collectif », dit-elle.

CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES POUR LE PERSONNEL DE SANTÉ

Les membres du personnel soignant de Gaza ressentent eux aussi les conséquences du conflit sur leur santé mentale. Depuis des mois, ils doivent relever des défis sans précédent tout en continuant à dispenser des soins, à assurer leur survie et à gérer les multiples répercussions de la guerre dans leur propre vie.

Certains disent ressentir la peur, le stress et l’anxiété en permanence pendant qu’ils prodiguent des soins. Ils décrivent comment, à plusieurs reprises, ils ont vu un grand nombre de personnes blessées arriver avec des membres écrasés et brûlés à cause des explosions. Ils disent avoir dû procéder à des amputations sans disposer de suffisamment d’analgésiques ou de médicaments anesthésiques. Ils sont aussi confrontés à une importante pénurie de fournitures médicales, pourtant essentielles pour dispenser des soins d’urgence. De nombreux membres du personnel ont fui les hôpitaux évacués de force ou attaqués par les forces israéliennes. Certains ont même dû prendre la décision impensable d’abandonner des personnes confiées à leurs soins pour sauver leur propre vie.

« Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien. »

Une femme dans la salle d’attente d’une clinique de MSF à Rafah. Elle a décrit au personnel de MSF son terrifiant périple avec ses trois enfants depuis le nord de
Gaza. Palestine, 2024. @MSF

Dre Ruba Suliman fait partie des quelque 300 membres du personnel palestinien de MSF travaillant à Gaza. Elle a été déplacée de chez elle et vit dans un abri temporaire avec son mari et ses deux enfants. « On entend constamment le bruit des drones… Nous avons parfois du mal à dormir », explique-t-elle. « J’ai l’obligation morale d’aider les gens autour de moi et j’ai aussi l’obligation de sauver mes enfants. Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien », ajoute-t-elle. « Nous tombons de fatigue. Tout le monde ici est bouleversé. »

« Le personnel soignant continue de travailler malgré leur état émotionnel et les inquiétudes constantes concernant la sécurité de leur famille », explique Gisela Silva Gonzàlez, responsable des activités de santé mentale de MSF à Gaza. « Cela fait augmenter le niveau de stress, déjà très élevé dans notre travail. La situation de chaque personne arrivant dans nos services peut déclencher une réaction émotionnelle chez les membres de notre personnel. »

Les spécialistes de la santé mentale de MSF travaillant à Gaza disent observer au sein des équipes médicales des symptômes liés à des niveaux de stress psychologique et d’épuisement élevés et continus, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, les pensées intrusives, l’évitement émotionnel et les cauchemars.

« MSF observe certains symptômes préoccupants au sein des équipes médicales, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, l’évitement émotionnel et les cauchemars. »

MSF tente de leur apporter un soutien en matière de santé mentale, toutefois le manque de sécurité, pourtant essentiel pour ce genre de travail psychologique, complique grandement la tâche. Dans un environnement où même les équipes soignantes ne sont pas en sécurité, il est pratiquement impossible de développer sa résilience et ses capacités d’adaptation.

Selon Dre McMahon, « il est tout aussi difficile d’apporter un soutien psychologique aux enfants exposés aux bombardements réguliers. Il faut d’abord qu’un cessez-le-feu soit instauré », déclare-t-elle. « En attendant, la meilleure chose que nous puissions faire pour ces enfants est de les aider à développer leur résilience. Ce que nous leur offrons est limité. Toutefois, nous racontons des histoires et faisons des activités avec les enfants. Nous écoutons aussi leurs témoignages et les laissons exprimer ce qu’ils vivent par le dessin. Cependant, tant qu’ils continueront à vivre au milieu de la destruction, il leur sera difficile de guérir. »

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Gaza : vivre avec un traumatisme collectif

Bâtiment détruit à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Photo prise le 26 mai. Palestine, 2024. @MSF
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MSF s'efforce d'anticiper les besoins médicaux

Claudia Blume Attachée de presse MSF Canada

Après une affectation de 14 mois à Jérusalem pour superviser les projets de santé mentale de Médecins Sans Frontières (MSF) à Gaza et en Cisjordanie, il y a une histoire que Dre Audrey McMahon, une pédopsychiatre canadienne, n’oubliera jamais.

Une collègue palestinienne lui a raconté un jour comment, au début de la guerre, elle avait réconforté son fils de cinq ans, effrayé par les bombardements. Elle lui a dit : « Ne t’inquiète pas, ce ne sont que d’énormes oiseaux qui font beaucoup de bruit, mais ils vont bientôt s’arrêter. »

Mais les bombardements n’ont pas cessé. Un jour, alors qu’elle ne parvenait pas à trouver de l’eau et de la nourriture pour ses enfants, elle s’est montrée fatiguée et découragée. Lorsque son fils lui a demandé pourquoi elle pleurait, elle lui a répondu qu’elle était fatiguée des bombardements. Le petit garçon lui a dit de ne pas s’inquiéter. « Ce sont juste de grands oiseaux méchants. Ils vont bientôt s’arrêter », a-t-il dit.

« Certains enfants à Gaza font preuve d’une incroyable résilience », explique Dre McMahon. « Ils sont capables de rester des enfants et de jouer au milieu des ruines, et même de réconforter leurs parents. Beaucoup d’autres, cependant, souffrent de profonds traumatismes liés à ce dont ils ont été témoins depuis octobre. »

UNE ENFANCE BAFOUÉE

« Certains enfants ne parlent plus parce qu’ils n’ont plus les mots pour décrire ce qu’il se passe », dit-elle. « Certains enfants ont vu des atrocités inimaginables. Dans les cliniques de MSF, nous avons eu, au début de la guerre, plusieurs enfants devant être amputés, souvent sans sédation. En plus d’avoir perdu des membres, ces enfants ont aussi perdu des personnes de leur famille ainsi que leur foyer. Ils ont assisté à la destruction de leur quartier. De plus, les enfants de Gaza n’ont pas été à l’école depuis des mois. Leur enfance a été totalement bafouée. »

Selon Dre McMahon, les conséquences psychologiques des enfants de Gaza se feront sentir sur plusieurs générations. « Il s’agit d’un traumatisme collectif », dit-elle.

CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES POUR LE PERSONNEL DE SANTÉ

Les membres du personnel soignant de Gaza ressentent eux aussi les conséquences du conflit sur leur santé mentale. Depuis des mois, ils doivent relever des défis sans précédent tout en continuant à dispenser des soins, à assurer leur survie et à gérer les multiples répercussions de la guerre dans leur propre vie.

Certains disent ressentir la peur, le stress et l’anxiété en permanence pendant qu’ils prodiguent des soins. Ils décrivent comment, à plusieurs reprises, ils ont vu un grand nombre de personnes blessées arriver avec des membres écrasés et brûlés à cause des explosions. Ils disent avoir dû procéder à des amputations sans disposer de suffisamment d’analgésiques ou de médicaments anesthésiques. Ils sont aussi confrontés à une importante pénurie de fournitures médicales, pourtant essentielles pour dispenser des soins d’urgence. De nombreux membres du personnel ont fui les hôpitaux évacués de force ou attaqués par les forces israéliennes. Certains ont même dû prendre la décision impensable d’abandonner des personnes confiées à leurs soins pour sauver leur propre vie.

« Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien. »

Une femme dans la salle d’attente d’une clinique de MSF à Rafah. Elle a décrit au personnel de MSF son terrifiant périple avec ses trois enfants depuis le nord de
Gaza. Palestine, 2024. @MSF

Dre Ruba Suliman fait partie des quelque 300 membres du personnel palestinien de MSF travaillant à Gaza. Elle a été déplacée de chez elle et vit dans un abri temporaire avec son mari et ses deux enfants. « On entend constamment le bruit des drones… Nous avons parfois du mal à dormir », explique-t-elle. « J’ai l’obligation morale d’aider les gens autour de moi et j’ai aussi l’obligation de sauver mes enfants. Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien », ajoute-t-elle. « Nous tombons de fatigue. Tout le monde ici est bouleversé. »

« Le personnel soignant continue de travailler malgré leur état émotionnel et les inquiétudes constantes concernant la sécurité de leur famille », explique Gisela Silva Gonzàlez, responsable des activités de santé mentale de MSF à Gaza. « Cela fait augmenter le niveau de stress, déjà très élevé dans notre travail. La situation de chaque personne arrivant dans nos services peut déclencher une réaction émotionnelle chez les membres de notre personnel. »

Les spécialistes de la santé mentale de MSF travaillant à Gaza disent observer au sein des équipes médicales des symptômes liés à des niveaux de stress psychologique et d’épuisement élevés et continus, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, les pensées intrusives, l’évitement émotionnel et les cauchemars.

« MSF observe certains symptômes préoccupants au sein des équipes médicales, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, l’évitement émotionnel et les cauchemars. »

MSF tente de leur apporter un soutien en matière de santé mentale, toutefois le manque de sécurité, pourtant essentiel pour ce genre de travail psychologique, complique grandement la tâche. Dans un environnement où même les équipes soignantes ne sont pas en sécurité, il est pratiquement impossible de développer sa résilience et ses capacités d’adaptation.

Selon Dre McMahon, « il est tout aussi difficile d’apporter un soutien psychologique aux enfants exposés aux bombardements réguliers. Il faut d’abord qu’un cessez-le-feu soit instauré », déclare-t-elle. « En attendant, la meilleure chose que nous puissions faire pour ces enfants est de les aider à développer leur résilience. Ce que nous leur offrons est limité. Toutefois, nous racontons des histoires et faisons des activités avec les enfants. Nous écoutons aussi leurs témoignages et les laissons exprimer ce qu’ils vivent par le dessin. Cependant, tant qu’ils continueront à vivre au milieu de la destruction, il leur sera difficile de guérir. »

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Bâtiment détruit à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Photo prise le 26 mai. Palestine, 2024. @MSF
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MSF s'efforce d'anticiper les besoins médicaux

Claudia Blume Attachée de presse MSF Canada

Après une affectation de 14 mois à Jérusalem pour superviser les projets de santé mentale de Médecins Sans Frontières (MSF) à Gaza et en Cisjordanie, il y a une histoire que Dre Audrey McMahon, une pédopsychiatre canadienne, n’oubliera jamais.

Une collègue palestinienne lui a raconté un jour comment, au début de la guerre, elle avait réconforté son fils de cinq ans, effrayé par les bombardements. Elle lui a dit : « Ne t’inquiète pas, ce ne sont que d’énormes oiseaux qui font beaucoup de bruit, mais ils vont bientôt s’arrêter. »

Mais les bombardements n’ont pas cessé. Un jour, alors qu’elle ne parvenait pas à trouver de l’eau et de la nourriture pour ses enfants, elle s’est montrée fatiguée et découragée. Lorsque son fils lui a demandé pourquoi elle pleurait, elle lui a répondu qu’elle était fatiguée des bombardements. Le petit garçon lui a dit de ne pas s’inquiéter. « Ce sont juste de grands oiseaux méchants. Ils vont bientôt s’arrêter », a-t-il dit.

« Certains enfants à Gaza font preuve d’une incroyable résilience », explique Dre McMahon. « Ils sont capables de rester des enfants et de jouer au milieu des ruines, et même de réconforter leurs parents. Beaucoup d’autres, cependant, souffrent de profonds traumatismes liés à ce dont ils ont été témoins depuis octobre. »

UNE ENFANCE BAFOUÉE

« Certains enfants ne parlent plus parce qu’ils n’ont plus les mots pour décrire ce qu’il se passe », dit-elle. « Certains enfants ont vu des atrocités inimaginables. Dans les cliniques de MSF, nous avons eu, au début de la guerre, plusieurs enfants devant être amputés, souvent sans sédation. En plus d’avoir perdu des membres, ces enfants ont aussi perdu des personnes de leur famille ainsi que leur foyer. Ils ont assisté à la destruction de leur quartier. De plus, les enfants de Gaza n’ont pas été à l’école depuis des mois. Leur enfance a été totalement bafouée. »

Selon Dre McMahon, les conséquences psychologiques des enfants de Gaza se feront sentir sur plusieurs générations. « Il s’agit d’un traumatisme collectif », dit-elle.

CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES POUR LE PERSONNEL DE SANTÉ

Les membres du personnel soignant de Gaza ressentent eux aussi les conséquences du conflit sur leur santé mentale. Depuis des mois, ils doivent relever des défis sans précédent tout en continuant à dispenser des soins, à assurer leur survie et à gérer les multiples répercussions de la guerre dans leur propre vie.

Certains disent ressentir la peur, le stress et l’anxiété en permanence pendant qu’ils prodiguent des soins. Ils décrivent comment, à plusieurs reprises, ils ont vu un grand nombre de personnes blessées arriver avec des membres écrasés et brûlés à cause des explosions. Ils disent avoir dû procéder à des amputations sans disposer de suffisamment d’analgésiques ou de médicaments anesthésiques. Ils sont aussi confrontés à une importante pénurie de fournitures médicales, pourtant essentielles pour dispenser des soins d’urgence. De nombreux membres du personnel ont fui les hôpitaux évacués de force ou attaqués par les forces israéliennes. Certains ont même dû prendre la décision impensable d’abandonner des personnes confiées à leurs soins pour sauver leur propre vie.

« Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien. »

Une femme dans la salle d’attente d’une clinique de MSF à Rafah. Elle a décrit au personnel de MSF son terrifiant périple avec ses trois enfants depuis le nord de
Gaza. Palestine, 2024. @MSF

Dre Ruba Suliman fait partie des quelque 300 membres du personnel palestinien de MSF travaillant à Gaza. Elle a été déplacée de chez elle et vit dans un abri temporaire avec son mari et ses deux enfants. « On entend constamment le bruit des drones… Nous avons parfois du mal à dormir », explique-t-elle. « J’ai l’obligation morale d’aider les gens autour de moi et j’ai aussi l’obligation de sauver mes enfants. Nous sommes en vie, mais nous n’allons pas bien », ajoute-t-elle. « Nous tombons de fatigue. Tout le monde ici est bouleversé. »

« Le personnel soignant continue de travailler malgré leur état émotionnel et les inquiétudes constantes concernant la sécurité de leur famille », explique Gisela Silva Gonzàlez, responsable des activités de santé mentale de MSF à Gaza. « Cela fait augmenter le niveau de stress, déjà très élevé dans notre travail. La situation de chaque personne arrivant dans nos services peut déclencher une réaction émotionnelle chez les membres de notre personnel. »

Les spécialistes de la santé mentale de MSF travaillant à Gaza disent observer au sein des équipes médicales des symptômes liés à des niveaux de stress psychologique et d’épuisement élevés et continus, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, les pensées intrusives, l’évitement émotionnel et les cauchemars.

« MSF observe certains symptômes préoccupants au sein des équipes médicales, comme l’anxiété, l’insomnie, la dépression, l’évitement émotionnel et les cauchemars. »

MSF tente de leur apporter un soutien en matière de santé mentale, toutefois le manque de sécurité, pourtant essentiel pour ce genre de travail psychologique, complique grandement la tâche. Dans un environnement où même les équipes soignantes ne sont pas en sécurité, il est pratiquement impossible de développer sa résilience et ses capacités d’adaptation.

Selon Dre McMahon, « il est tout aussi difficile d’apporter un soutien psychologique aux enfants exposés aux bombardements réguliers. Il faut d’abord qu’un cessez-le-feu soit instauré », déclare-t-elle. « En attendant, la meilleure chose que nous puissions faire pour ces enfants est de les aider à développer leur résilience. Ce que nous leur offrons est limité. Toutefois, nous racontons des histoires et faisons des activités avec les enfants. Nous écoutons aussi leurs témoignages et les laissons exprimer ce qu’ils vivent par le dessin. Cependant, tant qu’ils continueront à vivre au milieu de la destruction, il leur sera difficile de guérir. »

© Moises Saman/Magnum Photos

Message de la directrice générale

Un jeune homme du camp de Nuseirat dans le centre de Gaza, profite d’une séance avec un physiothérapeute à l’hôpital de chirurgie reconstructive de MSF à Amman, en Jordanie. Il a failli être tué lorsque la maison de sa famille a été rasée par une frappe aérienne israélienne. Il a subi de graves brûlures au visage et sur d’autres parties du corps, ainsi qu’une blessure sérieuse au bras. Il a pu recevoir, à l’hôpital de MSF, une chirurgie reconstructive complète et un suivi en physiothérapie. Jordanie, août 2024.
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« SI NOUS NE SOMMES PAS SÛRS QUE LA PAROLE PEUT SAUVER DES VIES,NOUS SAVONS QUE LE SILENCE TUE. »

Sana Bég Directrice générale MSF Canada

Le 10 décembre 1999, Médecins Sans Frontières (MSF) a reçu le prix Nobel de la paix en reconnaissance de son travail humanitaire novateur. Le Dr James Orbinski, alors président international de MSF, a prononcé un discours percutant. 

© MSF

Aujourd’hui, plus de 25 ans plus tard, ses mots résonnent toujours, alors que nous continuons d’assister à certaines des crises humanitaires parmi les plus graves au monde. 

Au cours de l’année écoulée, une violence extrême a déchiré Gaza, tuant plus de 46 000 Palestiniens et Palestiniennes et déplaçant 1,9 million de personnes, souvent à plusieurs reprises. Bien que la crise ait fait la une des journaux tout au long de l’année 2024, ces dernières ne rendent pas compte de l’ampleur de la catastrophe dont nos équipes sont témoins. Malgré les risques, les membres du personnel de MSF continuent de fournir une assistance médicale d’urgence et de parler de ce qu’ils et elles voient et vivent. 

Au Soudan, une guerre civile ininterrompue a forcé plus de 11 millions de personnes à quitter leur foyer, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement au monde. Des milliers de personnes sont confrontées à des niveaux de famine critiques. Dans de nombreuses régions du pays, nous restons la seule organisation médicale internationale capable de fournir des soins. MSF n’a cessé de sonner l’alarme sur ce conflit dont on ne parle pas assez. 

Lorsque l’ampleur de la dévastation dépasse tous les seuils, nous savons que le silence n’est pas une option. C’est le cas à Gaza, au Soudan et dans de nombreuses autres régions du monde. Comme le disait le Dr Orbinski dans son discours, « notre action et notre voix sont des actes d’indignation, un refus d’accepter une agression active ou passive menée contre l’autre ». 

« C’est à travers ces actes individuels de solidarité que nous trouvons l’espoir et la force de continuer. »

Dans ce numéro de notre magazine Dépêches, nous partageons avec vous de photographies de gens qui, un peu partout à travers le monde, ont été touchés par des crises au cours de l’année écoulée. Ces personnes ont perdu leur famille, leurs proches, leur maison et, parfois, leur vie. Ces photos racontent des histoires de déchirement et de destruction. Elles racontent aussi des histoires d’humanité : des êtres humains de tous les coins du monde tendent la main pour aider ceux et celles qui sont confrontés à certaines des crises parmi les plus difficiles. 

Il n’est pas facile d’être optimiste après une année marquée par de tels conflits. Mais c’est à travers ces actes individuels de solidarité que nous trouvons l’espoir et la force de continuer à fournir des soins médicaux essentiels, de prendre la parole et de témoigner. 

Aujourd’hui, alors que nous nous préparons à relever les défis prévisibles et imprévisibles que 2025 peut nous réserver, entretenons cet espoir. 

De la part de MSF et des personnes à qui nous prêtons assistance, nous vous exprimons notre reconnaissance pour votre compassion et votre confiance. Merci de faire partie de notre mouvement international.