Je m’appelle Narin Fandoglu, je suis humaineavant d’être humanitaire. Mon parcours avecMSF a commencé en 2016.
En 2017, touchée par les gens et les situations de crise que je côtoyais, j’ai commencé à dessiner ce que je voyais dans son journal d’aquarelles. Le dessin est devenu mon moyen de ralentir, de gérer mes émotions, de continuer à avancer.
En 2025, je me suis rendue deux fois au Soudan. Depuis que de violents conflits y ont éclaté, en avril 2023, le pays connaît l’une des pires crises humanitaires au monde. J’ai continué à dessiner. Mais cette fois, je voulais aussi documenter ce que je voyais, ce que je ressentais.
J’ai donc dessiné des petits détails : les marchés, les cafés, les routes, la nourriture. Pour montrer que le Soudan ne se résume pas à un conflit. À côté de la guerre, il y a la résilience, la beauté et la vie quotidienne.
À titre d’exemple, j’ai partagé un dessin des pyramides du Soudan. Ce croquis a suscité des conversations sur l’histoire et la culture, et pas seulement sur la guerre. À El-Geneina, au Darfour Occidental, j’ai peint un pot d’argile que j’ai vu dans la rue. Des collègues m’ont expliqué qu’il avait été déposé là pour offrir à boire aux passants. Une tradition simple et généreuse qui perdure même en temps de guerre, et que j’ai voulu honorer dans ma peinture.
« Notre travail n’est pas une question d’aide, c’est une question de solidarité entre êtres humains. »

Plus tard, j’ai peint une dame que j’avais rencontrée sur la route, entre Port-Soudan et Khartoum. Non pas un portrait, mais un souvenir. Un mélange de sa présence et de l’impression qu’elle m’avait laissée, alors qu’elle vendait du café à son stand installé devant une maison à moitié en ruine, presque au milieu de nulle part. Elle avait deux jeunes enfants.
Quand je vois des personnes réfugiées, je me reconnais en elles. Je pourrais être à leur place; elles pourraient être à la mienne. Notre travail n’est pas une question d’aide, c’est une question de solidarité entre êtres humains.
À travers mes dessins, j’essaie de partager une autre perspective du Soudan. La partager avec un public plus large, avec vous qui lisez mes mots, parce que je veux que les gens voient le Soudan, un pays qui semble oublié. Nous sommes confrontés non seulement à une crise humanitaire, mais aussi à une crise de compassion, car la compassion commence par le regard, par le refus de détourner les yeux.
Nous ne pouvons pas arrêter la guerre avec des dessins, mais nous pouvons les utiliser pour témoigner, en refusant de fermer les yeux.