Nasrin* saignait abondamment lorsqu’elle est arrivée à la maternité de Khost, dans l’est de l’Afghanistan. Son état était grave. Les saignements avaient commencé après l’accouchement, mais sa famille avait tardé à chercher de l’aide, effrayée de voyager de nuit.
Notre équipe a immédiatement transporté Nasrin en salle d’opération. Malgré les soins et la transfusion sanguine, les saignements ont repris. Nous l’avons opérée de nouveau, mais elle continuait à perdre du sang. Elle semblait sur le point de mourir.
DES SOINS CRITIQUES, AVEC DES RESSOURCES LIMITÉES
À Khost, le sang est une ressource précieuse. Les quantités sont très limitées, et nous ne pouvons pas le donner à une seule personne. Tout ce que nous pouvions faire alors, c’était de tout tenter pour arrêter l’hémorragie.
Lorsque nous avons examiné Nasrin deux jours plus tard, nous avons constaté que nous avions réussi. Son hémorragie s’était arrêtée. Toute l’équipe a travaillé ensemble pour l’aider à se rétablir, et elle a pu rentrer chez elle auprès de sa famille.
Bien que les compressions et les transfusions sanguines soient des procédures médicales courantes, elles peuvent avoir un impact considérable. J’ai vu tant de personnes arriver dans un état critique comme Nasrin, alors qu’elles auraient pu être soignées grâce à quelques techniques de base.
DES DÉFIS DE TAILLE POUR LES PROFESSIONNELLES DE LA SANTÉ
En Afghanistan toutefois, l’accès à la formation médicale est hors de portée pour les femmes. En décembre 2024, les talibans ont interdit aux femmes d’étudier la médecine. Ils ont forcé la fermeture des écoles de sages-femmes et de médecine destinées aux femmes.
Nous mesurons aujourd’hui les conséquences de ces mesures dans nos programmes de maternité où le personnel médical féminin est indispensable. La maternité de Khost est l’une des maternités de Médecins Sans Frontières (MSF) parmi les plus fréquentées au monde. Mais nous avons du mal à pourvoir à tous les postes.
Beaucoup de femmes médecins à qui j’ai parlé s’inquiétaient de leur situation. Mais elles continuaient à veiller les unes sur les autres. Elles partageaient leur nourriture pendant le ramadan, faisaient des blagues et formaient une véritable communauté. Chaque fois que j’ai travaillé là-bas, j’ai été touchée par la rapidité avec laquelle mes collègues m’ont intégrée. L’une des particularités du travail avec MSF est qu’il nous montre la résilience dont les gens peuvent faire preuve. Malgré les nombreuses difficultés, les femmes viennent travailler chaque jour avec une incroyable envie d’apprendre et de faire tout leur possible pour offrir un soutien à ceux et celles qui en ont besoin.
*Le nom a été changé pour protéger la vie privée.