Lors d’une conversation avec la communauté de Baalbek-Hermel, au Liban, un enfant s’est timidement approché pour demander : « Pouvons-nous dessiner? »
Cette question toute simple a donné vie à ce qui est rapidement devenu un rituel qui a suscité une réponse immédiate.
Dans le nord-est du Liban, les enfants, qu’ils soient issus des communautés réfugiées ou des communautés d’accueil, grandissent sous une pression immense. Les équipes de santé mentale de Médecins Sans Frontières (MSF) constatent que plusieurs ont du mal à exprimer leur peur, leur chagrin et leur nostalgie, en particulier dans des environnements où les adultes eux-mêmes sont submergés.
Dans ce contexte, nos équipes de santé mentale se sont mises à organiser régulièrement des séances de dessin et d’art dans nos cliniques mobiles et nos installations fixes.
Le soutien psychosocial basé sur l’art permet aux enfants d’exprimer ce qu’ils ne peuvent pas encore nommer. Au fil du temps, les dessins racontent une histoire et fournissent des informations stupéfiantes qui nous aident à mieux orienter notre soutien psychosocial.
DES DESSINS QUI TÉMOIGNENT DE LA RÉSILIENCE DES ENFANTS
De nombreux enfants ont dessiné de belles maisons lumineuses dans lesquelles ils ne vivent plus. Ces images leur permettent de renouer avec des souvenirs de famille et de stabilité, autant d’éléments essentiels à la régulation émotionnelle et à la résilience. D’autres dessinent des drones, des hommes armés, des nuages sombres. Peu importe leur nature, ces dessins révèlent comment le traumatisme, la mémoire et l’espoir coexistent dans un quotidien marqué par le déplacement et l’insécurité.
Cette dualité est courante chez les enfants touchés par un conflit. Ils ne sont pas seulement les « victimes » de la peur. Ils s’efforcent aussi activement d’intégrer les expériences bouleversantes et de leur donner un sens.

DES DESSINS QUI AIDENT À GUÉRIR
Les impacts positifs de ces séances de dessin sont manifestes. Les parents nous disent que leurs enfants dorment mieux, qu’ils s’expriment plus ouvertement ou ont moins de crises de comportement.
Baalbek-Hermel est une région d’une beauté saisissante qui a également connu des années de difficultés. Les gens y sont généreux et accueillants, mais ils gardent souvent leur souffrance pour eux. Beaucoup ne demandent de l’aide que lorsque leur détresse devient insupportable.
Ici, les dessins sont plus que de simples images. Ils sont la preuve que, même après avoir subi une perte, les enfants continuent d’imaginer, de se souvenir et, surtout, d’espérer.