En pleine guerre, des collègues continuent de soutenir leurs compatriotes

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Le mois d’avril 2026 marque au Soudan le troisième anniversaire d’une guerre qui a dévasté des villes, paralysé les services essentiels et contraint des millions de personnes à fuir. Parmi ces gens se trouvent aussi des collègues de Médecins Sans Frontières (MSF), qui s’efforcent chaque jour de nourrir l’espoir.

Nos collègues qui vivent et qui travaillent au Soudan ont tous et toutes perdu quelque chose à cause de la guerre. Cela va des pertes les plus évidentes, comme leurs proches, leurs parents et leurs amis à celles, qui peuvent sembler à première vue insignifiantes, comme leurs habitudes, leur sentiment d’accomplissement et leur tranquillité d’esprit.

Pourtant, chaque jour, ils et elles quittent leur domicile pour se rendre dans les installations et les bureaux de MSF. Leur motivation : aider d’autres personnes dont la vie a également été dépouillée de presque tout ce qui leur était cher. Nous leur avons demandé de nous raconter ce que la guerre leur a pris et ce qui les pousse à continuer de travailler malgré leurs pertes.

SONDOS

Sondos, interprète médicale pour MSF. Soudan, 2025. © Natalia Romero Peñuela/MSF

À El-Geneina, dans l’ouest du Darfour, la première chose que la guerre a enlevée à Sondos, c’est la possibilité d’obtenir son diplôme. « J’étais en dernière année, mais mon université a fermé et n’a jamais rouvert », raconte-t-elle. « La guerre m’a privée de ma plus grande réussite. »

Sans diplôme, elle ne peut pas exercer le métier d’infirmière; elle travaille donc avec MSF comme interprète médicale à l’hôpital universitaire d’El-Geneina. Le conflit a également contraint plusieurs membres de sa famille à fuir la ville. À leur retour, elle a découvert que son frère, sa tante et plusieurs autres proches étaient morts.

« Cela a été l’année la plus difficile de ma vie », raconte-t-elle. Mais, puisant dans les forces qui lui restaient, elle a rejoint un groupe de bénévoles qui a rouvert le service des urgences de l’hôpital. « Nous voulions simplement aider notre communauté, car elle souffrait et n’avait plus accès à aucune structure », explique Sondos.

AL DOURI

Al Douri, épidémiologiste pour MSF. Soudan, 2025. © MSF

Lorsque la guerre a éclaté, Al Douri a été contraint de fuir Khartoum, sa ville natale. À son retour, il a trouvé sa maison en ruines et s’est retrouvé parmi les millions de Soudanais et de Soudanaises qui, comme lui, avaient tout perdu.

Aujourd’hui, il voit à l’hôpital universitaire de Bashair « la douleur et le désespoir » chez chaque personne. Travaillant également dans des camps pour personnes déplacées, Al Douri rencontre des familles qui ont voyagé pendant des jours à la recherche de sécurité.

Il décrit la crise actuelle comme un coup terrible porté à un peuple « pacifique et très accueillant ». « Nous nous sommes retrouvés dans une guerre qui nous a tout pris », dit-il.

Pourtant, il refuse de céder à l’amertume. Il adresse un message de défi à ses compatriotes : « Ne perdez pas espoir. Un jour, nous serons à nouveau unis dans cette patrie. » Mais pour que cela arrive, dit-il, le monde ne peut rester silencieux. « Ne cessez pas de parler du Soudan et des souffrances du peuple soudanais. »

ALTAYEB

Altayeb, chirurgien pour MSF à Tawila Soudan, 2025. © Natalia Romero Peñuela/MSF

Une semaine avant que la ville ne soit entièrement prise par les Forces de soutien rapides (FSR), Altayeb, chirurgien orthopédiste au Nord-Darfour, a fui El Fasher et est arrivé à l’hôpital de Tawila que soutient MSF. Avec sa femme enceinte, il a laissé derrière lui la vie confortable qu’ils s’étaient construite.

Sa première tâche, en tant que chirurgien à l’hôpital de Tawila, a été de nettoyer et de suturer la plaie d’un patient qui avait perdu une partie de sa jambe lors de la prise d’El Fasher. Ce patient était un cousin éloigné d’Altayeb. Avant d’atteindre l’hôpital, il a dû voyager pendant trois jours en charrette tirée par un âne, avec une plaie ouverte causée par une balle perdue.

Au départ, Altayeb avait fui pour trouver un endroit sûr où sa femme enceinte pourrait accoucher. Mais ce sont les gens dont il s’occupe qui le poussent à continuer de prodiguer des soins. « Certaines des personnes que je soignais là-bas sont maintenant ici », dit-il.