Quand les soins médicaux sont pris pour cibles

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« J’ai couru pour me mettre à l’abri dès que j’ai entendu les coups de feu », raconte Albert*. « Je suis séparé de ma famille, de ma femme et de mes enfants. Je ne sais pas où ils sont. Je ne sais pas s’ils sont encore en vie ou non. »

Albert travaillait comme infirmier pour Médecins Sans Frontières (MSF) à Lankien, dans l’État de Jonglei, lorsque les forces gouvernementales du Soudan du Sud ont attaqué la ville, le 3 février dernier. Une grande partie de l’hôpital de MSF a été endommagée pendant les bombardements, puis incendiée. Les médicaments, les réserves de sang et les vaccins ont été détruits ou pillés.

Alors que les violences ne cessaient de s’intensifier, les membres du personnel de la santé ont fui aux côtés des gens. Albert était parmi eux.

Le jour de la frappe aérienne, Albert avait suivi les instructions d’évacuer la ville, tandis que les tensions montaient. Alors que les bombardements s’intensifiaient, sa maison a été incendiée et ses biens pillés. Il s’est enfui dans la forêt avec pour seuls bagages un petit sac contenant de la pâte d’arachide enrichie, des biscuits et ses papiers d’identité.

Albert a marché pendant cinq jours à travers des zones isolées, en évitant les hommes armés, avant de parvenir à se mettre en sécurité. Aujourd’hui, il séjourne temporairement chez un ami à Juba, la capitale du pays. Son expérience reflète celle de nombreuses autres personnes recrutées localement qui vivent et travaillent dans des zones de conflit, que ce soit au Soudan du Sud ou ailleurs à travers le monde.

Les attaques intentionnelles contre les hôpitaux et les membres du personnel humanitaire sont interdites par le droit international humanitaire et sont considérées comme des crimes de guerre. Au cours des dernières années, de nombreuses attaques de ce type ont néanmoins été perpétrées dans des zones de conflit à travers le monde, tant par des groupes armés organisés que par des forces gouvernementales. Citons notamment en Haïti, en Palestine, au Soudan du Sud, au Soudan, en Ukraine et ailleurs.

Lorsque les soins de santé sont pris pour cible, les hôpitaux ferment. Les organisations humanitaires se retirent. Et les communautés, déjà touchées par la violence, se retrouvent privées de soins essentiels. Audelà de la destruction des infrastructures médicales, ces attaques affectent profondément les personnes mêmes qui offrent une assistance essentielle.

Les soins médicaux, les membres du personnel humanitaire et les personnes civiles ne doivent jamais être pris pour cible. Les communautés ont droit à la sécurité et à l’accès aux soins de santé : sans frappes aériennes sur les hôpitaux, sans tirs sur les ambulances et sans avoir à craindre de fréquenter les lieux censés prodiguer des soins essentiels.

*Le nom a été modifié pour protéger la vie privée.