Travailler ensemble pour concevoir des services accessibles

Des pairs éducateurs en situation de handicap travaillant pour MSF au sein de l’équipe VIH/sida et de planification familiale à Kinshasa soulignent ici la Journée mondiale de lutte contre le sida et la Journée internationale des personnes handicapées. République démocratique du Congo, 2021. © Louise Limela / MSF
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Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les personnes en situation de handicap représentent 15 % de la population mondiale. Ce pourcentage est encore plus élevé dans les pays touchés par la pauvreté ou les conflits. Dans les pays à faible revenu, la prévalence des handicaps est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Les femmes et les filles vivant avec un handicap doivent affronter deux niveaux de discri- mination (sexe et handicap) et elles sont particulièrement vulnérables aux abus et aux violences sexuelles.

L’accès aux soins de santé est d’autant plus important pour les personnes en situation de handicap.

Patrice Vastel Coordonnateur Pôle d’inclusion des personnes en situation de handicap

Après avoir travaillé pendant 18 ans pour Médecins Sans Frontières (MSF), j’ai eu l’occasion de me joindre à une organisation norvégienne de développement international spécialisée dans l’assistance aux personnes en situation de handicap. Ce fut une expérience fort enrichissante, renforcée et peut-être même motivée par mon propre déclin auditif. J’ai revisité certains contextes que je connais- sais déjà en raison du travail effectué avec MSF, mais dans une optique différente, en mettant l’accent cette fois sur les personnes en situation de handicap.

Là, j’ai travaillé en étroite collaboration avec des organisations pour personnes en situation de han- dicap, dont le personnel se compose en grande partie de personnes elles-mêmes en situation de handicap. Nous avons aidé ces organisations à renforcer leur capacité à assister cette clientèle dans les communautés où elles interviennent à travers des microprojets ou des activités de plai- doyer en faveur d’un meilleur accès aux services.

LES ATTITUDES, UN OBSTACLE PARMI TANT D’AUTRES

Grâce à ce travail, j’ai été en mesure de mieux saisir l’ampleur de l’exclusion, de la discrimination et de l’isolement que subissent les personnes en situation de handicap, et même dans de nombreux endroits où MSF opère.

Mais les attitudes ne sont qu’un type d’obstacle. D’autres obstacles entravent l’accès des per- sonnes en situation de handicap à divers services, notamment aux services de santé. J’ai compris que j’aurais pu faire mieux pendant que je tra- vaillais à MSF. J’aurais pu, par exemple, consulter des organisations pour personnes en situation de handicap afin d’obtenir leurs conseils sur la façon d’améliorer l’accès, pour cette clientèle, aux services de santé offerts par MSF.

Reconnaissant que les personnes en situation de handicap ont souvent davantage besoin d’assis- tance médicale humanitaire dans les régions où travaille MSF, j’ai proposé, lors d’une assemblée internationale en 2016, une motion demandant à MSF de lancer des initiatives de sensibilisation au risque d’exclusion des personnes en situation de handicap et de mettre en place des mesures pour améliorer l’accès aux services de santé de l’organisation. Parmi ces mesures, citons la tenue plus systématique de dialogues avec les organisations pour personnes en situation de handicap, l’évaluation de nos structures pour en assurer l’accessibilité aux personnes qui utilisent un fauteuil roulant et le recours à différents types de médias pour communiquer (audios et visuels, pour n’en nommer que quelques-uns).

Début 2018, MSF m’a recruté pour coordonner et lancer un projet sur l’inclusion des personnes en situation de handicap.

OÙ EN SOMMES-NOUS MAINTENANT?

Nous avons créé des outils et du matériel portant sur le pourquoi et le comment de l’inclusion, et nous en avons facilité l’accès via un portail en ligne réservé au personnel des bureaux nationaux et des projets de MSF à travers le monde. Ces outils comprennent notamment des vidéos de sensibilisation, des directives générales et techniques, des directives sur l’accessibilité, des documents de référence et un cours complet en ligne. Ce dernier est le résultat d’une collaboration étroite entre une organisation pour personnes en situation de handicap au Malawi, qui a agi en tant que prin- cipal fournisseur de contenu, et une équipe MSF au Canada pour la réalisation technique.

Depuis son lancement, 15 750 utilisateurs et utili- satrices ont visité le portail du projet, et environ 1 000 personnes ont suivi notre cours en ligne.

Au Zimbabwe, on sait que les personnes en situation de handicap sont touchées de manière disproportionnée par les violences sexuelles, mais l’équipe médicale de MSF à Harare spécialisée en santé sexuelle et reproductive s’expliquait difficile- ment pourquoi aucune personne en situation de handicap n’utilisait ses services. Pour comprendre la situation et combler cette lacune, le personnel a contacté les organisations pour personnes en situation de handicap, offert de la formation sur l’inclusion et travaillé sur l’accessibilité physique du centre médical. Ces trois mesures simples visaient à provoquer un changement et à inspirer d’autres projets à en faire autant.

L’équipe MSF au Liban se questionnait sur la façon de mettre en place une structure médicale accessible (connue localement sous le nom de centre familial), alors que le seul bâtiment dis- ponible comptait plusieurs étages et n’avait pas d’ascenseur. Comment les personnes à mobilité réduite pourraient-elles accéder aux services du troisième étage?

Les équipes médicales et logistiques ont trouvé la solution : transformer le rez-de-chaussée pour qu’il soit entièrement accessible et y aménager une salle réservée aux personnes en situation de handicap pour qu’elles puissent y obtenir les mêmes services que ceux offerts aux étages supérieurs. Ainsi, les patients et les patientes vivant avec un handicap n’ont plus à monter l’escalier, puisque ce sont les équipes médicales qui descendent.

LES PATIENTS ET LES PATIENTES VIVANT AVEC UN HANDICAP N’ONT PLUS À MONTER L’ESCALIER, PUISQUE CE SONT LES ÉQUIPES MÉDICALES QUI DESCENDENT.

« Il nous semblait injuste de nous qualifier de centre familial si les patients et les patientes vivant avec un handicap ne pouvaient pas entrer dans notre bâtiment ou s’ils et elles avaient du mal à le faire », explique Harald Lognvik, responsable de la construction du projet de Beyrouth. « L’inclusion des personnes en situation de handicap a été notre priorité dès le début du projet. »

Dans ses projets internationaux, MSF a colla- boré avec les organisations pour personnes en situation de handicap pendant la pandémie de COVID-19 dans le but de diffuser des informa- tions sur la prévention des infections en utilisant systématiquement deux méthodes de commu- nication (audio et visuelle – radio et affiches). Le langage des signes local a également été utilisé dans les vidéos de sensibilisation. C’était aussi la première fois qu’un projet MSF créait du matériel de promotion de la santé en braille, en République démocratique du Congo.

Un atelier sur la planification familiale et le VIH/sida offert aux pairs éducateurs œuvrant auprès d’organisations pour personnes
en situation de handicap. République démocratique du Congo, 2021.